Dynamique n°2
Bienveillance active
Face à l’accélération permanente, au culte de la performance et aux rythmes asynchrones (où chacun organise désormais son temps différemment, entre télétravail, horaires décalés ou journées fragmentées), une envie s’impose : vivre mieux, moins vite. Les individus redéfinissent leurs propres modes de vie, loin des clichés et des attentes sociales. Plus enraciné, l’épanouissement devient un nouveau repère et une tendance émerge : les individus replacent le bien-être au centre de leurs priorités. Il ne s’agit pas d’un renoncement mais pour chacun de moduler et d’aménager le temps pour qu’il soit aussi au profit du corps et de l’esprit.
Partout dans le monde, le soft living* gagne du terrain. Popularisé par des internautes nigérians et afro-américains, ce mouvement invite à délaisser la hustle culture* (la culture de l’hyperproductivité), une idéologie qui valorise le surmenage, la productivité à tout prix et l’obsession de la réussite, pour privilégier une vie plus douce, connectée à des envies authentiques. Quitter les grandes villes, repenser les jalons de la réussite, adopter des rythmes plus humains : de plus en plus de jeunes changent de cap. Au Royaume-Uni, près de la moitié des 18-24 ans envisage de quitter les métropoles (The Standard, 2023). En Chine, les jeunes s’installent dans des villes plus petites pour fuir la pression urbaine.
Dans l’Empire du Milieu, pays où le système de travail « 996 » est largement pratiqué (un rythme de travail soutenu de 9h à 21h, 6j/7 d’après The Guardian, 2024), de nouvelles pratiques se développent comme les « congés de mauvaise humeur » ou le mood-based scheduling (l’organisation du temps en fonction de l’état émotionnel du moment), qui reconnaissent le droit à la fatigue émotionnelle sans justification. Yu Donglai, fondateur et président de la chaîne de magasins Pang Dong Lai, a récemment annoncé que ses employés pourraient demander dix jours de congés supplémentaires à leur convenance, afin de maintenir un meilleur équilibre entre leurs vies personnelle et professionnelle (Le Figaro, 2024).
Ce changement de mentalité va de pair avec une volonté collective de vivre plus longtemps et mieux, car c’est la justesse du tempo qui fait la mélodie, pas la dernière note. Grâce aux avancées médicales et à la compréhension des habitudes de vie, des laboratoires explorent aujourd’hui les moyens de rester en bonne santé jusqu’à 120 ans : alors, longue vie à la bienveillance active !
Dans ce contexte, la performance ne suffit plus. C’est une vie équilibrée, joyeuse, et adaptée à soi que recherchent les nouvelles générations. En valorisant la douceur, la stabilité émotionnelle et la reconnexion à l’essentiel, la bienveillance s’impose comme un nouveau moteur d’avenir. Cette quête de ralentissement redéfinit l’expérientiel en le rendant plus sensoriel, plus immersif, mais surtout plus authentique. On ne cherche plus l’accumulation de moments spectaculaires, mais la richesse d’instants sincères, porteurs de sens. On privilégie les expériences lentes, ancrées, favorisant la connexion à soi et aux autres.
Prendre soin
Longtemps vu comme un territoire à discipliner, le corps entre dans une nouvelle ère : il devient un partenaire, une boussole, un allié. On ne cherche plus à le dominer mais à l’écouter, à le suivre, à l’habiter pleinement. C’est une bascule fondamentale : on passe d’un corps-objet à un corps-allié. Plus qu’un outil, il devient un partenaire de vie. C’est une approche holistique qui émerge, où le corps, l’esprit et les émotions forment un tout indissociable.
Et si ralentir devenait une nouvelle manière de vivre l’expérience, plus profonde, plus sensorielle, plus humaine ?
→ Le droit au ralentissement
Le retour au corps et aux cycles circadiens (rythmes biologiques quotidiens) passe par le sensoriel. Le toucher, le souffle, le mouvement lent deviennent des outils de réancrage. On redécouvre les vertus du sommeil, du repos, du silence. Ce ralentissement n’est pas une pause : c’est un soin actif, un geste de préservation. On explore la dimension somatique : ressentir, vivre ses émotions à travers le corps. Le yoga, la danse intuitive, le breathwork (travail du souffle) sont autant de pratiques qui reconnectent l’être à lui-même. Ce rapport sensible ouvre la voie à une acceptation plus grande des corps dans leur pluralité. Chacun devient lieu de dignité et espace de vérité
→ Une culture du care
Faire du sport sans sortir de son lit (+130% de recherches sur Pinterest en 2024), chercher le réconfort dans de petits gestes, prendre soin de soi sans pression : ce n’est plus une anomalie, c’est une aspiration, des gestes autrefois relégués à la marge qui deviennent des choix assumés. Le crip time*, désignant une temporalité flexible qui s’adapte aux rythmes et besoins de chacun, notamment ceux de personnes en situation de handicap, neuroatypiques ou en burn-out, nous apprend à ralentir sans culpabiliser. Le soft living devient un mode de vie, fondé sur des rituels régénératifs et une présence attentive à soi, où le bien-être se construit dans les détails.
→ Une invitation pour les entreprises à s’aligner
Dans cette quête de stabilité et d’équilibre émotionnel, les entreprises ont une responsabilité nouvelle. Celles qui sauront proposer des expériences apaisantes, créer des produits qui réconfortent et encourager des rituels de soin, gagneront en fidélité. En alignant leurs engagements sur cette vision holistique du bien-être, elles ne répondront pas simplement à une tendance : elles incarneront une nouvelle éthique du soin et participeront à un changement culturel majeur.
On explore la dimension somatique
OASIS immersion
Présentée à Montréal en 2024, Reconnect est une expérience immersive bien-être signée OASIS immersion. Alliant sons apaisants, visuels immersifs et espaces de déconnexion, l’exposition propose un voyage multisensoriel conçu pour ralentir, respirer et se recentrer. Une parenthèse régénérante, à la croisée de l’art, de la pleine conscience et de la technologie.
OASIS immersion
IKEA
En 2024, IKEA a lancé Stages of Sleeping à New York, une expérience immersive sur le sommeil, faisant suite à un pop-up estival sur le même thème. L'événement comprenait des expériences multisensorielles telles que des bains sonores, du graffiti lumineux, une discothèque silencieuse, ainsi que des avant-premières de produits (matelas et accessoires de confort) et une table ronde d'experts en collaboration avec la National Sleep Foundation, une organisation américaine de santé du sommeil.
IKEA
Hilton
En mars 2024, Hilton a organisé à Shanghai un Sleep Concert, un événement immersif mêlant musique apaisante, lumière douce et lit ultra-confortable pour favoriser l’endormissement. Cette expérience sensorielle inédite visait à promouvoir le bien-être et à positionner l’hôtel comme un acteur innovant du sommeil réparateur.
Hilton
Recréer les liens
Alors que les repères traditionnels – famille, religion, institutions – ne disparaissent pas mais se transforment, de nouveaux liens émergent sans forcément remplacer les anciens. Ces formes relationnelles coexistent dans un monde composé de dynamiques contraires. L’amitié choisie, fluide, profonde devient un socle émotionnel. Elle s’impose comme un pilier central dans un monde en quête de sécurité affective.
Et si l’amitié devenait le terrain d’expériences collectives inédites, capables de redessiner nos manières de vivre, de créer et de nous relier ?
→ Une amitié réinventée : numérique et fragmentée
La jeune génération transforme l’amitié en un espace de soin conscient. On parle désormais de platonic life partners*, de workbesties*, et les séparations amicales sont perçues sous un nouveau jour : en comparaison, elles seraient plus douloureuses que les ruptures amoureuses. Sur TikTok, les rituels d’amitié, les langages affectifs codifiés, les célébrations partagées illustrent ce besoin croissant de donner du sens à ces liens choisis : seuls 2 salariés sur 10 aux États-Unis déclarent avoir un(e) meilleur(e) ami(e) au travail. Ceux qui n’en ont pas expriment davantage de ressentis négatifs à l’égard de leur employeur (Gallup, 2022). Les amitiés se construisent désormais à travers une mosaïque de langages : vocaux, emojis, private stories. L’intimité passe par les écrans, parfois même par l’IA. Des compagnons artificiels comme Replika ou le futur AI Companion d’OpenAI, s’inspirant du film Her de Spike Jonze (2013), explorent cette nouvelle frontière de la tendresse simulée. Le lien humain évolue, mais le besoin d'attachement reste intact et cherche des refuges dans des seen places 2.0.
→ Le bureau, nouveau terrain de lien
À l’heure où le monde professionnel, longtemps associé à l’obligation et à un espace normatif, évolue vers une logique de connexion, des pratiques comme le desk bombing* (le fait de se présenter spontanément au bureau de quelqu’un pour discuter) témoignent d’un besoin de contacts spontanés et humains. Un besoin ressenti comme viscéral, puisque 91% des Gen Z souhaitent davantage de « contact en personne avec les autres membres de leur entreprise » (Quartz, 2025). En réinventant ces moments de connexion sans que la convivialité ne se heurte à la productivité, les entreprises renforcent la fidélité et le bien-être de leurs collaborateurs.
→ Un nouveau territoire d'engagement pour les marques
À l’heure où les grandes étapes traditionnelles de la vie (mariage, achat immobilier…) paraissent hors d’atteinte ou moins désirées, de nouveaux repères émergent : les minorstones*. Des succès modestes mais précieux et hautement symboliques, souvent célébrés entre amis. Dans ce contexte, les entreprises ont un rôle à jouer pour accompagner, ritualiser et donner de la valeur à ces moments plus sincères et authentiques. Cultiver la tendresse n’est pas un luxe, c’est une réponse à un besoin fondamental.
91% des Gen Z souhaitent davantage de contact en personne.
Donut / Slack
Dans un contexte de télétravail généralisé, l’intégration Donut sur Slack propose des mises en relation aléatoires entre collègues pour des cafés virtuels ou des conversations informelles ainsi que la facilitation d’onboarding de nouvelles recrues.
Objectif : recréer du lien informel, du small talk et du capital social qui manquent souvent en remote.
Donut / Slack
Offline Club
Né à Amsterdam et rapidement devenu un mouvement international, le Offline Club organise des événements réguliers dans des cafés, des mairies et des espaces publics où les participants déposent leurs téléphones à l’entrée pour vivre des moments de rencontre sans écran. Jeux de société, discussions libres, rituels conviviaux : tout est pensé pour contrer l’épidémie de solitude et l’anxiété numérique en favorisant la reconnexion humaine authentique. Face à la « crise mondiale de l’amitié » alimentée par nos vies digitales, ces safe spaces incarnent un nouveau rituel social pour retisser des liens directs et non-médiés.
Offline Club
Les Amis
Lancée début 2025 en France et récemment aux États-Unis, Les Amis est une application qui utilise l’intelligence artificielle pour suggérer des rencontres entre femmes selon leurs centres d’intérêt, leur âge, leur localisation, etc. Elle organise aussi des événements de groupe pensés comme des safe spaces – plus de 4 000 événements ont déjà réuni 25 000 participantes en Europe.
Les Amis
Scénarios événementiels
Key Trend n°3 / Prendre soin
L’événement d’entreprise n’est plus seulement un temps fort, il devient un espace de régénération. On y ralentit, on respire, on se reconnecte. Prendre soin devient un levier d’engagement, d’attention et de cohésion.
1. Intégrer des micro-rituels de pause dans tous les formats
Ralentir devient une nécessité culturelle. Des espaces de care apparaissent aussi bien dans les bureaux que dans les formats festifs, intégrant des micro-rituels comme la sieste sonore ou le cercle de silence. Ces pauses sensibles installent une nouvelle culture de l’attention au travail, où l’on prend soin de soi au cœur même du collectif.
2. Activer les cinq sens pour repenser l’attention
Le corps ne se met plus en retrait : il devient un partenaire de l’expérience. Lumières douces, textures enveloppantes, rythmes lents ou respirations guidées réinstallent une présence à soi, par le sensible. Ces dispositifs ne sursollicitent pas : ils reconnectent corps, émotions et attention. Ralentir devient un soin actif, un choix culturel et une nouvelle forme d’engagement dans l’événement.
3. Faire du mouvement un levier de réflexion collective
Sortir du cadre sédentaire permet de penser autrement. Déambulations narratives, formats « walk & talk », conférences mobiles dans un parc ou un musée : le déplacement libère la parole, stimule les idées et atténue les hiérarchies, tout en s’intégrant pleinement dans un cadre professionnel.
Key Trend n°4 / Recréer les liens
Alors que le travail se fragmente, l’événement devient un espace pour recréer des liens plus libres, choisis et sincères, en phase avec un besoin croissant d’attachement et de reconnaissance au sein du collectif.
1. Réinventer l’informel pour recréer des liens spontanés
Dans un monde du travail fragmenté, l’événement réactive la chaleur des échanges informels. Cafés-mystères en digital, discussions pop-up autour d’un sujet en cours de journée : ces micro-rituels relationnels hybrides réinventent l’informel, loin des team buildings forcés, pour laisser place à la spontanéité.
2. Créer des formats relationnels déhiérarchisés
L’événement ne se pense plus en top-down. Il devient un terrain d’échanges horizontaux, où chacun, quel que soit son rôle, peut se connecter à égalité. Dîners tournants, binômes tirés au sort, jeux de conversations à voix égales… Autant de formats qui favorisent des affinités inattendues, loin des silos métiers, et génèrent une dynamique plus fluide, naturelle et vivante.
3. Imaginer des événements qui célèbrent les liens choisis
L’amitié devient un repère clé, y compris dans le monde professionnel. L’événement intègre cette évolution en proposant des formats qui cultivent des liens choisis et sincères : binômes de « workbesties », fresques des petites victoires, rituels d’encouragements… Autant de gestes qui renforcent la fidélité émotionnelle sans surjouer l’intime et réinstallent un attachement collectif sincère.
Envie de vivre l’expérience ?
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