Dynamique n°3
Imaginer autrement
En matière de rapport à la nature et à l’environnement, l’élan collectif se heurte à un palier. Si la conscience des enjeux reste forte, le passage à l’action s'essouffle alors que les individus peinent à traduire leurs convictions profondes et leur engagement en actions durables. Les sentiments prennent le pas sur l’engagement : fatigue, découragement ou sensation d’impuissance traduisent une écologie vécue comme contrainte plutôt qu’un horizon mobilisateur. Ce sentiment risque de céder la place à une forme d’indifférence résignée. Face à cette lassitude collective, une nouvelle ambition émerge : régénérer.. Les individus redéfinissent leurs propres modes de vie, loin des clichés et des attentes sociales. Plus enraciné, l’épanouissement devient un nouveau repère et une tendance émerge : les individus replacent le bien-être au centre de leurs priorités. Il ne s’agit pas d’un renoncement mais pour chacun de moduler et d’aménager le temps pour qu’il soit aussi au profit du corps et de l’esprit.
La disposition des Français à adapter leur mode de vie pour le climat diminue (-13 points depuis 2018 selon l’Obs’COP en 2024), tandis que dans le monde professionnel, cette tension se manifeste parfois sous la forme d’un brown-out écologique*, caractérisé par une difficulté psychologique associée à la perte de sens dans le monde du travail ou un sentiment d’inutilité face aux enjeux systémiques selon François Baumann (Le brown-out : Quand le travail n’a plus aucun sens, Éditions Josette Lyon, 2016).privilégier une vie plus douce, connectée à des envies authentiques. Quitter les grandes villes, repenser les jalons de la réussite, adopter des rythmes plus humains : de plus en plus de jeunes changent de cap. Au Royaume-Uni, près de la moitié des 18-24 ans envisage de quitter les métropoles (The Standard, 2023). En Chine, les jeunes s’installent dans des villes plus petites pour fuir la pression urbaine.
Il ne suffit plus de dénoncer : il est nécessaire de proposer des expériences sensibles et collectives qui redonnent envie d’agir. À contre-courant des approches classiques de durabilité, certains plaident pour une rupture narrative : ne plus seulement limiter les dégâts, mais imaginer des entreprises et des marques capables de réparer, relier, revitaliser.
De nouvelles philosophies accompagnent ce mouvement : le « nihilisme optimiste », qui invite à tracer un chemin personnel libéré des normes sociales, ou encore « l’optimisme rationnel », qui parie sur notre capacité à construire des solutions concrètes, sans céder au désespoir.une volonté collective de vivre plus longtemps et mieux, car c’est la justesse du tempo qui fait la mélodie, pas la dernière note. Grâce aux avancées médicales et à la compréhension des habitudes de vie, des laboratoires explorent aujourd’hui les moyens de rester en bonne santé jusqu’à 120 ans : alors, longue vie à la bienveillance active !
Ces récits inspirent un nouveau contrat entre l’entreprise, l’humain et la planète. L’autrice AnnaMarie Swan (Ecological organisations : A Design Lens, en ligne et open-source, 2024) propose un modèle d’organisation écologique : des structures qui ne cherchent plus seulement à réduire leur empreinte, mais qui se vivent comme des actrices du bien-être collectif et de l'équilibre écologique.Cette quête de ralentissement redéfinit l’expérientiel en le rendant plus sensoriel, plus immersif, mais surtout plus authentique. On ne cherche plus l’accumulation de moments spectaculaires, mais la richesse d’instants sincères, porteurs de sens. On privilégie les expériences lentes, ancrées, favorisant la connexion à soi et aux autres.
Loin d’être un devoir contraint, l’écologie devient alors un espace de désir, de sens et de cohésion. Elle reconnecte les individus à une aventure collective, dans laquelle les petits gestes prennent racine dans une vision plus vaste et plus juste.
Dans ce contexte, il ne s’agit plus de célébrer la performance, mais de proposer des expériences transformatrices, capables de raviver l’engagement et d'incarner un espoir lucide mais mobilisateur. Réenchanter l’écologie, c’est offrir aux individus une nouvelle raison d’y croire, en les projetant dans un futur porteur de sens, de lien et d’espoir.
Régénérer l’engagement
Alors que les enjeux climatiques occupent une place centrale dans les attentes sociétales, les entreprises et les marques se retrouvent face à une équation complexe : comment entretenir un engagement écologique authentique sans alourdir la charge mentale des individus ? La réponse pourrait bien se trouver dans une nouvelle posture : régénérer l’engagement plutôt que le stimuler par injonction. C’est le parti pris de Komeet (ex Wenabi et Vendredi), une startup sociale qui facilite l'engagement solidaire des entreprises en les mettant en relation, via une plateforme dédiée, avec des associations porteuses de projets concrets.
Et si ralentir devenait une nouvelle manière de vivre l’expérience, plus profonde, plus sensorielle, plus humaine ?
→ Une conscience écologique intergénérationnelle
Contrairement aux idées reçues, la sensibilité environnementale traverse toutes les générations : 72% des Gen Z et 68% des baby-boomers dans le monde se déclarent préoccupés par l’avenir environnemental (Bain, 2023). L’écologie devient ainsi un levier fédérateur, capable de rassembler les individus au-delà des segmentations préconçues – on retrouve le besoin de faire collectif autour d’horizons souhaitables partagés. Et pour cause, l’éco-anxiété fait émerger de nouvelles vocations autour de la durabilité et un attrait pour les compétences « green » : les recrutements pour les métiers liés à l’environnement ont d’ailleurs dépassé de manière constante le taux d’embauche global dans le monde, quatre années de suite (LinkedIn x Future Jobs 2023, Forum Économique Mondial).
→ Les entreprises comme acteurs de régulation émotionnelle
Face à l’éco-anxiété, les entreprises ont un rôle clé à jouer. Elles doivent s'affirmer non plus seulement comme moteurs d’actions, mais aussi comme espaces de soulagement. En cultivant la transparence et l'empathie, elles tisseront un lien sincère et durable avec les individus, accompagneront sans culpabiliser, réconforteront sans fuir la complexité. L’organisation devient prescriptrice moins qu’accompagnatrice. L'écologie, elle, mue pour devenir une expérience partagée et un levier culturel puissant pour aligner les individus autour d’un récit collectif, porteur de sens et d’avenir.
→ Passer de l’activation individuelle à l’intelligence collective
Trop sollicité dans son rôle de « consomm’acteur » écologique, l’individu aspire désormais à être déchargé, tout en restant impliqué. Cela suppose de repenser les formats expérientiels en offrant des expériences immersives, sensorielles et engageantes, qui participent activement à un processus de transformation : favoriser les communautés d’apprentissage, soutenir les collectifs d’engagement, organiser des temps de réflexion transverses. L’entreprise ou la marque deviennent alors un incubateur d’intelligence collective autour des défis environnementaux.
68% des baby-boomers se déclarent préoccupés par l'avenir environnemental.
Knepp
Knepp, un ancien domaine agricole en difficulté au Royaume-Uni, est devenu un exemple emblématique de rewilding en accueillant espèces menacées et animaux domestiques rustiques pour régénérer les écosystèmes. Inspiré par l’écologue Frans Vera, le projet mise sur la perturbation animale pour enrichir la biodiversité. Ses fondateurs expérimentent désormais une agriculture régénérative, cherchant à concilier production et nature. Knepp propose des expériences au cœur de la nature afin de se reconnecter à celle-ci.
Knepp
Get Lost
Get Lost est un cabinet de conseil créatif basé à Londres, fondé par Julian Ellerby, qui propose des expériences en pleine nature à destination de clients corporate. L’objectif : apprendre, comprendre et s’inspirer des principes de l’écologie – comme la circularité ou l’efficience des ressources – à travers des immersions sensibles et pédagogiques dans le vivant
Get Lost
Material Works Architectures
Pensé par Material Works Architecture, Sustainable Workspaces à Londres transforme un ancien bâtiment historique en un écosystème de travail pour startups du climat. Ici, l’engagement écologique est autant dans le fond que dans la forme : matériaux recyclés, réutilisation des structures existantes, design démontable et faible empreinte carbone. Le travail devient un terrain de co-création, de recherche de solutions et de soutien émotionnel face aux défis environnementaux.
Material Works Architectures Drag
Activer l’imaginaire
Quand tout vacille, imaginer d'autres possibles devient un acte de résistance. Penser plus large, sortir des modèles usés, inventer des façons nouvelles de travailler, de produire, de vivre ensemble… L’imaginaire n’est plus une échappatoire : il prend la forme d’une énergie transformatrice, une force qui dessine de nouvelles perspectives là où l’on ne voit que des impasses. Dans les entreprises comme ailleurs, l’imagination n’est plus un luxe, c’est une boussole.
Et si l’imagination devenait le point de départ d’expériences transformatrices, capables de réinventer collectivement notre rapport au monde ?
→ De la créativité à l’imagination stratégique
Une prise de conscience s’opère : il ne suffit plus de s'adapter à un monde en mutation, il faut imaginer autrement. Si 96% des professionnels estiment que les idées créatives sont clés pour la réussite à long terme de leur organisation (Canva x Harvard Business Review, 2023), l’imagination devient ainsi un muscle stratégique : elle alimente les visions de marque, inspire les équipes, réinvente les modèles économiques. Elle ne se limite plus au champ artistique ou au monde de l’innovation produit : elle irrigue la culture d’entreprise, les formes d’engagement citoyen et les récits collectifs.
→ Reconnecter par le récit
Saturés d’alertes, de news ou de fake news, les individus, marqués par la fatigue informationnelle, laissent émerger de nouvelles attentes : celles de récits porteurs de sens qui permettent de se projeter. Loin du greenwashing* ou des utopies, il s’agit de proposer des visions à la fois sensibles et structurées, qui reconnectent à l’humain et au vivant.
→ Réenchanter le travail, c’est aussi imaginer demain
L’organisation peut devenir un lieu où l’on imagine ensemble de nouvelles façons de produire le monde, d’agir, de travailler, de construire l’avenir. En développant cette capacité collective à imaginer, l’entreprise devient plus innovante et plus attractive. Comme le dit la journaliste et essayiste Naomi Klein : « L’imagination est peut-être notre seule ressource assez puissante pour avancer – à condition qu’elle soit accompagnée de courage et d’action. »
96% des professionnels estiment que les idées créatives sont clés pour la réussite…
Futurs souhaitables
L’Institut des Futurs souhaitables propose une Marche du Temps Profond, une promenade guidée de 4,6 km symbolisant les 4,6 milliards d’années de l’histoire de la Terre. Cette expérience immersive invite à repenser notre rapport au temps et à la planète, et encourage une action positive pour l’avenir
Futurs souhaitables
Tellart
Créée par Tellart pour la House of Sustainability des Émirats arabes unis à la COP28 de Dubaï, Dinner in 2050 proposait une expérience culinaire spéculative. Les invités partageaient avec une intelligence artificielle leurs plats préférés, qui étaient ensuite analysés et remplacés par des alternatives à faible empreinte carbone : des sauterelles et du millet à la place de l’agneau, des algues à la place du brocoli, ou encore de la viande cultivée en laboratoire à la place du bœuf.
Tellart
Spaceship Earth
Co-créé par la société de jeux DICE et le bureau de Greenpeace Asie de l’Est, le jeu de plateau prospectif Spaceship Earth confie à chaque joueur la responsabilité d’une partie distincte de la société mondiale. Ensemble, ils doivent négocier un chemin collectif, systémique et multi-acteurs vers une régénération écologique.
Spaceship Earth
Scénarios événementiels
Key Trend n°5 / Régénérer l’engagement
Dans un contexte de désalignement, l’événement devient un terrain de reconnexion à l’action, aux valeurs et à l’impact individuel. Il réactive le pouvoir d’agir à travers des formats accessibles, concrets et transformateurs.
1. Encourager les micro-engagements quotidiens
Le collectif se construit aussi dans les petits gestes. L’événement propose un espace d’expression simple, où chaque collaborateur partage une initiative écoresponsable ou solidaire, personnelle ou professionnelle. Un mur physique ou digital compile ces actions et rend visible une dynamique d’engagement discret mais constant. En valorisant ces gestes, on installe une culture d’action légère, partagée et durable.
2. Repenser le travail à l’aune de nouveaux équilibres
Et si l’engagement passait par le renoncement ? L’événement ouvre un espace de réflexion partagée sur les pratiques à faire évoluer : ralentir les rythmes, alléger les process, humaniser le management… À travers des ateliers de co-construction, les équipes imaginent des modèles d’organisation plus sobres, résilients et alignés avec les aspirations contemporaines.
3. Donner à chacun une place dans la transition
Sortir du déclaratif pour aller vers l’action collective. L’événement devient un laboratoire participatif où chaque équipe peut contribuer concrètement aux engagements RSE de l’entreprise : énergie, inclusion, numérique responsable, sobriété… Ce format ancre la transition dans le quotidien et génère un sentiment d’appropriation durable.
Key Trend n°6 / Activer l’imaginaire
Pour faire face à l’incertitude, l’événement ne se contente plus d’informer : il ouvre des espaces de projection, d’inspiration et de créativité collective. Imaginer ensemble devient un levier stratégique de transformation.
1. Ouvrir la réflexion par l’inspiration sensible
L’événement devient un moment de pause réflexive, à travers des projections de films, documentaires ou fictions inspirantes sur les transitions à venir. Qu’ils se tiennent sur site ou à distance, ces rendez-vous réguliers nourrissent une intelligence collective autour des grands récits : écologie, innovation sociale, futurs désirables… On regarde, on discute, on imagine.
2. Prototyper les futurs possibles de l’entreprise
À quoi pourrait ressembler notre organisation demain ? Dans un « studio des futurs », physique ou virtuel, les équipes s’essaient au design fiction, au récit collectif, au prototypage d’idées. Ce format immersif stimule l’audace, casse les routines mentales et permet à chacun de participer activement à la construction d’un avenir plus cohérent et désirable.
3. Créer des ponts concrets entre valeurs et engagement personnel
Certains collaborateurs aspirent à s’engager autrement. L’événement leur donne cette opportunité en proposant des missions solidaires ou environnementales, à mener sur une période de 1 à 2 mois, en parallèle du télétravail. Une façon concrète de relier projet d’entreprise et quête de sens, tout en valorisant l’engagement en dehors des murs.
Envie de vivre l’expérience ?
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