Dynamique n°4
Curiosité joyeuse
Longtemps cantonnée au second plan, la joie revient comme une urgence. Non pas une échappatoire, mais une énergie vitale, comme une réponse lucide à la fatigue ambiante. Une énergie capable, aussi, de transformer la façon dont nous travaillons, consommons, vivons ensemble. Dans un monde traversé par l’incertitude, elle devient un nouvel indicateur de valeur : ce qui émeut, ce qui fait sourire, devient stratégique, un nouveau KPI.
À l’échelle mondiale, 49% des consommateurs sont plus enclins à acheter auprès d’une marque qui procure un sentiment de joie (VML Intelligence, 2024), tandis que près de 80% estiment que les marques pourraient faire davantage pour rendre leurs clients heureux (« The Happiness Report », Oracle News, 2022). Ces « micro-moments de joie », éveillés par un geste créatif, une saveur inédite ou un instant de jeu, activent la dopamine et viennent régénérer l’élan intérieur. Autant de pauses infimes mais décisives, capables de retisser un lien sensible au monde. Elles calment, reconnectent et inspirent.
Dans son ouvrage Flow : The Psychology of Optimal Experience (Harper Perennial Modern Classics, 2008), le psychologue Mihály Csíkszentmihályi décrit la théorie du flow : cet état d’immersion totale dans une activité qu’on aime, où l’on oublie le temps. Cet état n’est pas réservé aux artistes ou aux sportifs, il peut s’inviter au bureau, dans une réunion, au cœur d’un projet. Et quand il est là, il change tout : concentration, performance, bien-être. Aujourd’hui, de plus en plus d’entreprises et de marques s’en inspirent. Le jeu, longtemps cantonné à l’enfance, s’immisce aussi bien dans le quotidien que dans les stratégies de management. Il libère l’imaginaire, renforce les liens, allège les tensions.
Les aspirations changent : vivre plutôt que posséder. Ressentir plutôt qu’accumuler
Même à l’ère du tout-numérique, le désir d’expérience collective résiste. Près d’un jeune sur deux préfère encore la salle obscure au confort du streaming (Kantar x Brut x CNC x Festival de Cannes, 2024). Le cinéma, plus qu’un simple divertissement, devient un rituel sensoriel, un moment partagé, un refuge émotionnel. Une preuve de plus que l’authenticité des sensations et la force du lien l’emportent, quand elles sont vécues en vrai.
La joie, aujourd’hui, n’est plus un « plus ». Elle devient un cap, une manière de penser la culture, les marques, le travail, les liens humains. Elle ne se décrète pas, elle s’incarne. Les entreprises qui sauront en faire une matière vivante ne seront pas juste écoutées ou visibles : elles seront désirées, choisies et suivies. Parce qu’à une époque où tout vacille, semer de la joie, c’est construire du durable.
Work, play, repeat
Le jeu n’est plus aujourd’hui un à-côté, il s’impose comme un levier d’innovation. Dans un monde en quête de sens et de régénération, il devient un outil puissant pour repenser les processus, stimuler la créativité et apporter une forme de légèreté essentielle. Il ouvre une autre voie : expérimentale, joyeuse, libératrice.
Et si le futur de l’expérientiel passait par là : apprendre à s’émerveiller, à s’amuser ensemble, pour mieux inventer demain ?
→ L’antidote à l’épuisement
Dans un contexte marqué par le burn-out et l’hyperconnexion, intégrer des moments ludiques dans le quotidien n’est plus un luxe mais une nécessité, il redonne de l’élan. Selon une étude menée par LEGO, 94% des CEO dans le monde estiment que consacrer plus de temps au jeu peut aider à réduire le burn-out des employés (2023) : en effet, il favorise la décompression, relance l’imaginaire et insuffle de l’enthousiasme là où la routine s’installe. Il redonne de la respiration à l’organisation.
→ Une culture « kidult » en pleine expansion
Les générations actuelles, toutes confondues, revendiquent un mode de vie plus joueur, plus libre, plus coloré. Enfants d’hier, adultes d’aujourd’hui, les kidults* (contraction de kid et adults en anglais) cherchent dans le jeu non pas une échappatoire ou un retour en enfance, mais une manière d’être au monde plus curieuse et vivante et un moyen, pour 86% des adultes, de se détendre (LEGO, 2023). Cette dynamique se reflète aussi dans un marché en plein essor : en 2032, le chiffre d’affaires des jeux de société passera à 32 milliards de dollars, contre 14,4 milliards en 2024 selon Fortune Business Insights (2025). Les entreprises et les marques qui embrassent cette tendance s’ancrent dans une culture contemporaine, connectée à leurs publics.
→ Un terrain d’expérimentation joyeuse
Jouer, c’est s’autoriser à explorer sans enjeu, à créer sans pression, à mieux collaborer, à apprendre autrement, à partager des émotions. Dans les bureaux, les campagnes marketing, les expériences produits, le jeu devient un fil conducteur. Il transforme les relations entre collaborateurs, marques et consommateurs, en expériences plus humaines et mémorables.
En 2032,le chiffre d'affaires des jeux de société passera à 32 milliards de dollars.
Euphoria, art is in the air
De juin à septembre 2025, le Grand Palais a accueilli Euphoria, art is in the air, une exposition spectaculaire dédiée à l’art gonflable. Œuvres monumentales, formes flottantes et jeux de lumière invitaient petits et grands à une expérience joyeuse, sensorielle et poétique, suspendue entre rêve et légèreté.
Euphoria, art is in the air
Dream Computing
Présentée à Art Basel Miami en décembre 2024, Dream Computingfusionnait art, intelligence artificielle et design génératif. L’exposition proposait une expérience onirique et interactive, explorant la créativité humaine à travers les technologies computationnelles. Un espace immersif où installations numériques, sons et lumières invitaient à rêver l’avenir de la création
Dream Computing
Kymono
En mai 2025, Kymono, agence spécialisée en culture corporate 2.0 s’associe à Canal+ pour une expérience immersive inspirée de la série Loups-Garous dont la première saison de jeu est sortie fin 2024. Dans un Thiercelieux grandeur nature, les collaborateurs sont invités à vivre le jeu culte en vrai, eux aussi. Une façon inédite et pop culture de réinventer le team building, loin des escape games classiques.
Kymono
Culture club
Dans un quotidien souvent saturé, la culture réapparaît comme une source essentielle de joie, d’évasion et de reconnexion. Les consommateurs ne cherchent plus seulement des produits, mais des expériences qui les font vibrer, sourire ou rêver. Marier surprise, plaisir et légèreté devient un levier clé d’engagement.
Et si la culture devenait le terrain privilégié d’expériences sensorielles et émotionnelles capables de réenchanter notre quotidien ?
→ Créer des parenthèses d’ailleurs
Dans un quotidien saturé naît le besoin de souffler, de s’échapper sans partir. On s’abandonne à une œuvre fleuve, on tricote, on rêve, on savoure un plat comme un voyage sensoriel. La culture devient refuge : douce, immersive, accessible. Slow content, ASMR, ateliers manuels ou cuisines du monde invitent à ralentir le rythme, à se reconnecter à soi. Autant de microévasions qui ouvrent des brèches poétiques dans le réel – et nourrissent l’imaginaire.
→ La culture pop comme langage commun
La Génération Z brouille les frontières entre vie professionnelle et personnelle, connectant plutôt que segmentant. Ce décloisonnement devient un nouvel art de vivre que les marques adoptent en investissant les codes de la culture, du divertissement et des communautés en ligne. Et si les entreprises suivaient ce mouvement ? En faisant entrer la culture au cœur de leurs ADN managériaux et relationnels, elles peuvent incarner une vision du monde vivante, fédératrice et contemporaine, capable de créer du lien entre les générations et les imaginaires pluriels.
→ Des expériences qui rassemblent
Offrir des expériences culturelles, c’est bien plus que divertir : c’est créer des points de contact sensibles entre les individus. La culture devient un miroir dans lequel chacun peut se reconnaître, publics comme collaborateurs. Proposée dans des formats simples, vivants et accessibles, elle tisse des liens, déclenche l’émotion, stimule la participation. Loin des codes institutionnels, elle fédère par l’enthousiasme partagé, réactive le sentiment d’appartenance et donne à voir un monde commun. C’est là que réside sa force : dans sa capacité à fédérer sans uniformiser, à rassembler sans exclure.
La culture devient refuge.
L'Épée de Bois
Le cinéma L'Épée de Bois, situé dans le 5e arrondissement de Paris, organise chaque dernier lundi du mois une séance de cinéma un peu spéciale, baptisée Gourmépée, qui combine projection d'un film et dégustation de mets en lien avec le film projeté sur grand écran.
L'Épée de Bois
Off Campus
Ouvert en mars 2025 à Paris, Off Campus est un café-librairie situé dans le 10e arrondissement. Pensé comme un lieu d’ouverture culturelle, il propose des cours du soir allant du cinéma à la géopolitique, des débats, des ateliers et des rencontres, recréant un esprit universitaire accessible, convivial et stimulant pour tous les curieux.
Off Campus
DJ Azar
À l’instar de showcases ou live sessions de DJ et artistes, le mouvement Bakery Session, inventé par le DJ Azar, propose de faire la fête autrement autour de café et croissants dans de multiples boulangeries à travers la France.
DJ Azar
Scénarios événementiels
Key Trend n°7 / Work, Play, Repeat
Pour remettre du jeu et de la joie dans les dynamiques collectives, l’événement devient un terrain d’expérimentation ludique. Il désacralise le quotidien, fluidifie les relations et stimule la créativité à travers des formats plus légers et plus libres.
1. Créer des respirations ludiques dans le quotidien professionnel
Loin d’être futiles, les moments de jeu renforcent la cohésion, stimulent l’enthousiasme et favorisent le lâcher-prise. L’événement propose des créneaux hebdomadaires de « pauses ludiques » dans des espaces de détente réaménagés : jeux de société, quiz, tournois express ou consoles en libre accès. Un levier simple pour dynamiser l’ambiance de travail et renforcer les liens informels, en douceur.
2. Activer l’intelligence collective par le jeu
Travailler sur soi… en jouant ! Les équipes sont invitées à repenser le quotidien le temps d’un sprint créatif : à travers des jeux de rôle, des ateliers de prototypage ou des défis d’équipe. Un format énergisant, fédérateur, qui donne du pouvoir d’agir et transforme la routine en terrain de jeu collaboratif.
3. Décloisonner les cadres en travaillant hors des murs
Parce que changer de lieu, c’est déjà changer de regard, l’événement organise chaque trimestre une journée hors les murs dans un lieu inattendu : galerie d’art, friche urbaine, ferme pédagogique… On y travaille autrement, on y pense plus librement, on y renforce l’esprit d’équipe à travers des ateliers d’idéation et des rituels de bien-être. Un bol d’air collectif pour faire émerger de nouvelles idées.
Key Trend n°8 / Culture club
La culture devient un vecteur de cohésion, d’ouverture et de fierté collective. L’événement s’appuie sur l’imaginaire, l’émotion et la curiosité pour rassembler les équipes, valoriser la diversité des goûts et renforcer le lien au monde.
1. Faire de la culture un prétexte au lien quotidien
Chaque semaine ou chaque mois, les équipes se retrouvent autour d’un déjeuner thématique : JO, K-pop, cinéma indé, années 90… Au programme : playlist maison, mini quiz, échanges libres. Ces « déjeuners culturels » transforment un moment banal en expérience de partage. La culture pop devient un levier de conversation spontanée.
2. Élargir les horizons dans un cadre convivial
En soirée, l’entreprise s’ouvre sur le monde avec des événements immersifs : projections, lectures, débats animés par des artistes, sociologues ou journalistes. Ces « soirées perspectives » proposent un point de vue original sur des enjeux culturels ou sociaux et stimulent la curiosité collective dans un cadre détendu, hors des rôles habituels.
3. Faire vivre une expérience culturelle immersive et incarnée
Plutôt qu’un séminaire classique, l’événement propose un voyage thématique(1 à 2 jours) dans un univers inattendu : Japon contemporain, Afrique futuriste, écospiritualité… En immersion dans des lieux culturels ou naturels, les équipes explorent à travers des ateliers créatifs, des rencontres inspirantes et des expériences culinaires. La culture devient ici une aventure collective, qui laisse une empreinte durable. L’événement peut s’appuyer sur des institutions culturelles partenaires : musées, fondations, scènes émergentes. En leur ouvrant les portes de l’entreprise ou en emmenant les équipes dans leurs murs, on crée des passerelles inédites entre monde du travail et création artistique.
Envie de vivre l’expérience ?
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